Délocalisation, ré-industrialisation : perspectives et analyses des risques
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Patrick Bellity et Marc de Scitivaux
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C’est le thème qui a réuni, le 10 avril dernier, à la Maison de l'Aveyron à Paris, Patrick Bellity, Directeur Général du groupe ARCHE et Directeur Général de S.A.M. Technologies à Viviez et Marc de Scitivaux, économiste, Directeur de la publication « Les cahiers verts de l’économie » et chroniqueur au journal Enjeux - Les Echos.
Nos deux protagonistes ont partagé plus d’un constat et tracé des ponts riches d’enseignements entre le monde de l’industrie et celui de la finance. Cette rencontre insolite et pétillante de l’économiste et du chef d’entreprise imprégnés par les problématiques de la mondialisation nous conduit à évaluer les stratégies de délocalisation, les facteurs de risques, l’impact sur la relation client/fournisseur et les nouveaux modèles économiques qui se profilent.
En bref, un échange fructueux plus qu’un débat contradictoire dont voici quelques extraits.
« Aveyron Expansion : Monsieur Bellity, pouvez-vous nous parler de votre groupe et des choix que vous avez faits à une époque et dans un secteur où la tendance était plutôt aux délocalisations ?
Patrick BELLITY : Il y a 10 ans, Arche était un petit groupe : le 7ème équipementier de fonderie de France (70 millions d’€ de chiffre d’affaires, 470 salariés). En 10 ans en utilisant simplement l’intelligence de notre personnel et une stratégie qui a rapidement banni toute délocalisation, le groupe Arche est devenu le premier acteur français et le deuxième européen (370 millions d’€ de chiffre d’affaires et 2000 salariés en France). Nous avons réussi, totalement à contre courant, dans un secteur aux mains des fonds de pension, à construire un groupe solide à capitaux industriels et ceci sur la base de 3 grands principes : un actionnariat industriel, un management professionnel (qui exclut tout parachutage de manager de transition envoyé par un fonds d’investissement pour faire de la gestion à court terme) et un pacte social fort. »
« Marc DE SCITIVAUX : Vous êtes dans un métier très compétitif sur le plan mondial, n’avez-vous pas subi de pression de la part des constructeurs automobile pour vous rapprocher de leurs sites de production ?
Patrick BELLITY : Bien sûr que si et nous avons refusé. Nous avons mis en place une stratégie de produit qui nous a permis de ne pas délocaliser… Nous avons décidé de travailler sur des pièces de haute technologie, de haute valeur ajoutée : pièces de moteurs et pièces de boites de vitesses. Les usines que nous approvisionnons sont encore en Europe et pour très longtemps. »
« Marc DE SCITIVAUX : Vous êtes partis du principe que ces pays lowcost ne seraient plus low cost un jour ? Vous avez eu l’intelligence de voir que le monde allait tourner comme cela et l’audace de vous dire : « je ne suis pas la mode, je vais jouer une autre partie !
Patrick BELLITY : Nous avons envisagé cela dès le départ. Les pays lowcost, il y a 20 / 30 ans, c’était l’Espagne et le Portugal ! J’ai eu la chance de faire quelques voyages en Pologne, en Slovaquie en 1990, 1991, 1998 et j’ai vu ces pays évoluer … Aujourd’hui le salaire moyen d’un employé slovaque varie entre 800 et 1000 €. Le niveau de vie à Prague, à Bratislava a considérablement augmenté. Ces pays ont, de plus, une culture industrielle forte qui ne demandait qu’à s’exprimer : avant la deuxième guerre mondiale on faisait plus de fonderie en Pologne qu’en France. Quant à la Tchécoslovaquie, c’était l’armurerie de l’URSS !
En 2000, deux possibilités s’offraient à nous : « faire des coups », comme les autres, en se disant que cela durerait 4, 5, 10 ans ou construire un groupe solide et rester en France. Nous nous sommes dit « ces pays sont low cost de main d’œuvre, alors quelle est la part du salaire dans les pièces d’aujourd’hui et dans les pièces de demain ? ». Nous avons analysé le poids de la main d’œuvre directe dans le coût de production et comme nous étions dans un secteur industriel de grandes séries, nous avons pris la décision de lancer un vaste programme d’automatisation. Nous avons créé la direction du développement pour travailler sur des produits à haute valeur ajoutée et la direction des ressources industrielles chargée de l’automatisation pour réfléchir sur des automatisations extrêmement avancées (automatisation de l’ensemble du flux). On avait la chance d’avoir un groupe solide financièrement et on a créé 160 emplois en Aveyron. »
« Aveyron Expansion : Monsieur De Scitivaux, pensez-vous que les industriels qui ont fait à un moment donné le choix de partir au bout du monde le regrettent aujourd’hui ou est ce plus nuancé que cela ?
Marc DE SCITIVAUX : C’est bien plus nuancé. La stratégie qui vient d’être énoncée est à partir d’aujourd’hui totalement gagnante et ceux qui ont survécu au choc sont les gagnants des 10 prochaines années. Néanmoins, certaines entreprises n’ont pas eu le choix. Si la société SEB par exemple n’avait pas fait le choix à un moment d’aller produire sur place son petit appareil électroménager, elle aurait disparu.
Il n’est pas dit que dans les prochaines années il y ait autant d’avantages à être installé en Chine. La hausse de la monnaie chinoise et la baisse de l’euro sont des certitudes et il vaut mieux être investi dans un pays où la monnaie va plutôt baisser… Dans la décennie qui vient, si les pays émergents restent compétitifs, ils auront des comptes extérieurs excédentaires et leur monnaie montera et donc leur compétitivité s’érodera. Si leur monnaie ne monte pas, ils auront de l’inflation et les salaires augmenteront. 80% des bénéfices de la mondialisation sont maintenant derrière nous, ceux qui ne sont pas morts entre 2000 et 2007 sont les gagnants de demain. »
« Marc DE SCITIVAUX : Les banques sont en train d’apprendre dans la douleur, qu’il n’était pas judicieux de prêter n’importe quoi à n’importe qui ou de promettre des rendements déconnectés de la réalité économique. Dès qu’elles auront un peu reconstitué leurs fonds propres, elles viendront voir les industriels classiques et leur diront « écoutez, c’est formidable, il y a sur le marché des tas de sociétés à acheter ! ». Je crois profondément au retour de l’industrie pour 2009. »
Retrouvez l’intégralité de ces propos dès aujourd’hui sur le blog d’Aveyron Expansion et début juin dans une Etude Repères intitulée « Mécanique : nouvelle approche de la relation client/fournisseur ». Il s’agit d’une radioscopie de 3 grands donneurs d’ordre de la mécanique : PSA Peugeot Citroën, Michelin et EADS. La présentation de l’activité, de l’environnement concurrentiel et de la stratégie de ces groupes, nous éclaire sur les effets de la mondialisation, particulièrement prégnants dans le secteur de la mécanique.
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En 2007, l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique a intensifié son action en faveur des micro-entrepreneurs qui n’ont pas accès au crédit bancaire en accordant près de 715 microcrédits, dont 39 en Aveyron. L’antenne créée en Aveyron depuis 1997 a débloqué 195 micro-crédits sur 11 ans.
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