Développement durable, éco-activités : quel impact sur les territoires ?
Lors du 56ème Congrès des économies régionales fédérant les comités d'expansion, organisé les 17 et 18 septembre derniers à Bourges, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, intervenait sur le thème « développement durable, éco-activités : quel impact sur les territoires ? ». Auteur de l’ouvrage « 2030, le krach écologique » publié en 2008, Geneviève Ferone souhaite nous ouvrir les yeux. « Le meilleur service que l’on peut rendre à l’humanité » explique-t-elle « c’est de regarder où l’on va et de se demander comment, maintenant, bâtir un projet de gouvernance ».
Le télescopage de 4 fronts
Selon Geneviève Ferone, nous allons bientôt connaître une situation inédite avec le télescopage d’un front climatique, d’un front énergétique, d’un front de la croissance et d’un front démographique. L’augmentation de 5 à 10° des températures dans les temps à venir n’est pas énorme mais suffit à changer la face du monde. La Directrice du développement durable chez Veolia Environnement rappelle que lorsqu’il était possible de traverser l’Atlantique à pied de la France au Québec sur la glace, la température du globe était de 10°. Aujourd’hui, elle est de 15°. Avec 5° de plus et surtout 9 milliards d’individus d’ici 2050, que va-t-il se passer ? Pour Geneviève Ferone, il faut anticiper les migrations et penser urgemment au partage des ressources car nous allons au devant de flux migratoires considérables pour des raisons économiques, climatiques, politiques et même les 3 ensembles dans une économie qui va s’appauvrir et sur une planète qui aura du mal à nourrir tout le monde. Au même moment la rupture énergétique d’une économie « biberonnée » à plus de 85% aux énergies fossiles pose la question des énergies alternatives. « Bientôt pour produire 1 baril de pétrole, il faudra en dépenser 4… » explique Geneviève Ferone. Que va-t-il se passer lorsque la Chine, l’Asie seront à pleine puissance ? Le découplage entre l’offre et la demande en pétrole rendra certaines économies et catégories sociales vulnérables. Il faudra inventer des ruptures technologiques dans un pas de temps extrêmement court car ce n’est pas notre modèle économique qui nous sauvera. Un modèle économique de prédation : nous consommons des ressources et nous en rejetons sans aucun système de valorisation. La question de la biodiversité est par conséquent maussade d’autant plus qu’il nous est difficile de protéger un environnement que nous transformons plus rapidement que nous ne le comprenons.
Une boîte à outils vide
Le protocole de Kyoto est le seul instrument multilatéral qui permet d’organiser la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Le carbone est devenu une métrique, une devise, une monnaie et bientôt une langue internationale. Pour Geneviève Ferone, c’est la seule façon de nous comparer et de chiffrer nos initiatives en matière de réduction de gaz à effet de serre. Encore faut-il que tous les pays l’adoptent… Les Européens portent Kyoto à bout de bras. La réunion de Copenhague au mois de décembre devrait rallier les Etats-Unis qui « ont besoin de se roder davantage sur ces sujets » selon les mots de la Directrice du développement durable chez Veolia Environnement. Mais il faut avant tout des règles de concurrence lisibles, transparentes et applicables à tous pour fluidifier le marché.
Qui est le mieux armé ?
La rupture technologique n’étant pas la solution magique, le problème politique de la question de la redistribution des richesses et du lien social est inévitable. Quels sont les régimes les plus adaptés ou les mieux outillés ? Selon Geneviève Ferone, les pays non démocratiques sont probablement les plus rapidement capables de mettre en œuvre des solutions. Selon le principe qu’en Chine, les temps de décision sont beaucoup plus courts, dès lors que les chinois auront conscience des méfaits de leur économie, la Chine sera certainement le pays le plus à même d’appliquer la taxe carbone individuelle le plus vite possible. En revanche, c’est vraiment l’Europe qui porte la vision écologique face à l’opportunisme asiatique. Sans la vision, il est difficile de faire muter rapidement les modèles économiques et les comportements.
A l’échelle des territoires
Si une grande partie de la solution est résolument dans les mains des grandes puissances (Europe, Amérique du Nord, BRIC), l’action individuelle est primordiale pour Geneviève Ferone. « Chacun de nous s’inscrit dans un besoin de sens » exprime-t-elle « Il faut donc réenchanter l’action individuelle ». L’échelle territoriale prend ici tout son sens car c’est là que les individus peuvent se réapproprier le sens d’une action collective sur le plan spatial et politique. La population d’un territoire peut devenir à la fois spectatrice et actrice.
Pour Geneviève Ferone, les flux, la mobilité, les contraintes environnementales obligeront certaines économies et certaines industries à se relocaliser. Les régions auront alors tout à y gagner …à condition de connaître leurs forces et leurs faiblesses après un diagnostic très précis de leur métabolisme. Nous verrons alors réapparaître des zones d’économies et peut-être pour certaines insoupçonnées. Selon elle, la géographie économique d’aujourd’hui dessine des zones de production de main d’œuvre, des zones d’ « intelligence », des zones de ressources que nous avons tout intérêt à partager afin notamment de développer des réseaux d’autonomie énergétique à l’heure où le charbon fait son grand retour. « Je crois à ces équilibres d’autonomie territoriale à condition qu’il y ait une vision politique » explique-t-elle. Autrement dit, il s’agit de passer d’un modèle économique assez centralisé à des contrats de territoire où il va falloir faire des investissements et repenser l’attractivité économique de chaque territoire. Chaque territoire doit trouver sa vocation pour devenir un pôle d’excellence et d’attractivité dans tel ou tel domaine. Mais il ne faut pas se leurrer, les arbitrages seront difficiles, d’autant plus que les contradictions des médias brouillent le sujet. Eoliennes, photovoltaïque, isolation par l’extérieur, … difficile de choisir, personne n’est d’accord. « Le tout c’est d’être lucide » martèle Geneviève Ferone. Il faut tout réinventer, un autre contrat social en reprenant le goût du risque. La politique doit se réinventer en tant que projet de civilisation. Finies « les figures totémiques providentielles » ! « Nous sommes tous des éco-propriétaires à l’échelle de la planète » tous aussi différents les uns que les autres mais qui doivent trouver un projet commun. C’est ce que Geneviève Ferone appelle « transformer une cacophonie en symphonie ». Pour cela il faut décider et le préalable à la décision est une gouvernance. Une gouvernance énergétique par exemple est indispensable pour décider sur le plan énergétique : quels investissements, quelles technologies, quels transferts de technologies, quel partage des ressources, quelle croissance ? La réponse est sans doute, sur le plan énergétique, un bouquet de technologies au vu des intérêts divergents sur l’échiquier international mais il faudra s’entendre sur les investissements et les efforts de recherche.
Toutes ces mutations exigent de nouveaux indicateurs de richesse plus qualitatifs. Le PIB est un peu trop réducteur aux yeux de Geneviève Ferone. L’objectif est de pouvoir capter la plus-value environnementale, sociale et de gouvernance. Il faut en finir avec les indicateurs court-termistes et financiers même s’ils permettaient la fluidité des capitaux et la comparaison des modèles économiques. Aujourd’hui, il faut passer d’une économie de volume à une économie de qualité qui se traduira au travers d’indicateurs de qualité de vie, de bien-être, de partage de ressources, de gouvernance. « Il faudra notamment mettre un prix à ce qui était gratuit et à ce que l’on pensait inépuisable, remettre la rareté dans les modèles économiques » explique Geneviève Ferone.
Pour la Directrice du développement durable de Veolia Environnement, les mots d’ordre des territoires doivent être : lucidité, inventaire, diagnostic d’urgence avec le but de maintenir l’attractivité économique. Bilan carbone du territoire, inventaire de la biodiversité sont des indicateurs extrêmement importants. Nouveaux services, nouvelles éco-industries seront nécessaires afin de garantir l’attractivité économique du territoire. A partir de l’existant, il faudra trouver les orientations qui permettront d’intégrer l’économie de la rareté et la mutualisation des compétences.
Source : Extrait des actes du 56ème Congrès des Economies Régionales
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